Bilan du plan de sélection 2025 | filière

Author

Benoit JOBART & Jean-Marie CHATEL

Ce document présente les résultats de la campagne 2025 du plan de sélection génétique apicole, sur les ruchers des apiculteurs partenaires et sur le rucher expérimental du GDS Réunion. L’objectif principal de ce plan est de sélectionner des lignées d’abeilles, Apis mellifera unicolor, naturellement résistantes face à Varroa destructor. Néanmoins, il est aussi nécessaire d’améliorer les performances technico-économiques de ces lignées pour pouvoir proposer des colonies qui répondent aux exigences de production des apiculteurs professionnels. La caractérisation des performances des reines d’intérêt repose sur l’évaluation de leurs filles (évaluation à l’échelle de la lignée).

Description de la campagne 2025

Sélection chez les apiculteurs professionnels

Le démarrage de la campagne a été marqué par des difficultés majeures liées au passage du cyclone Garance, qui a entraîné la destruction de plusieurs ruchers de testage ainsi que des colonies associées. En conséquence, certains apiculteurs initialement engagés dans le protocole ont dû être écartés du dispositif pour cette campagne, réduisant temporairement la capacité de test prévue. Cependant, grâce à la réactivité du groupe, le plan de sélection a permis de tester 174 colonies, réparties au sein de 11 lignées génétiques distinctes, chez 7 apiculteurs testeurs partenaires du dispositif.

Sélection sur le rucher expérimental

TipRappel du fonctionnement du rucher expérimental

Le rucher expérimental est un outil permettant de sélectionner les colonies d’abeilles sur l’unique critère de la résistance à varroa selon la méthode de la “Boîte noire Darwinienne”. L’objectif de ce dispositif vise à faire émerger les caractères de résistance en tirant parti de la sélection naturelle. Pour ce faire les colonies et leur reine sont suivie sans traitement acaricide sur toute la durée de la campagne du plan de sélection* et plusieurs paramètres sont alors mesurés :

  • La charge en varroas phorétiques : calculée en prélevant et comptant environ 300 abeilles au centre du nid à couvain ainsi que le nombre de parasites après lavage à l’eau savonneuse.

  • La force de la colonie : En utilisant le ColEval sur couvain fermé (surface totale de couvain fermé) comme proxy.

  • Le score sanitaire : Calculé grâce à l’intégration des différents signes cliniques observés dans la colonie et leur intensité (voir calcul du nouveau score sanitaire dans la partie Résultats de la campagne 2025).

* NB : les colonies dépassant le seuil de 15 varroas phorétiques pour 100 abeilles sont traitées et retirées du dispositif expérimental afin de ne pas les perdre. Elles serviront par la suite de colonies d’accueil pour des reines d’intérêt lors du renouvellement de cheptel pour la campagne suivante.

Pour la campagne 2025, 19 colonies ont été suivies de décembre 2024 à septembre 2025, soit une durée totale de 10 mois. La grande majorité des reines évaluées étaient des descendantes des reines les plus performantes sur la campagne précédente. L’origine de ces reines est spécifiée dans le tableau suivant :

Table I : Origine des colonies évaluées en 2025
COLONIE Origine
X1 descendante C24
X2 descendante C24
X3 descendante C24
X4 descendante C24
X4 descendante C24
X5 descendante C24
X6 descendante C24
X7 descendante C24
X8 descendante C24
X9 descendante C24
X10 descendante C24
X11 descendante C24
X12 descendante C24
X13 descendante C24
X14 descendante C24
X15 descendante C24
C24 inséminée 2023
C38 inséminée 2023
JS8xJS8 inséminée 2023
JS8x440 inséminée 2023

Résultats de la campagne 2025


Rucher expérimental

L’évolution mensuelle des charges en varroa phorétique, ou VP100 (nombre de varroa pour 100 abeilles), est présentée ci-dessous pour chaque colonie suivie. Les courbes en gris correspondent aux colonies n’ayant pas pu être suivies jusqu’au terme du dispositif expérimental. Les courbes colorées correspondent aux colonies les plus prometteuses et pouvant faire l’objet d’une multiplication pour la campagne suivante. Les deux lignes pointillées horizontales correspondent aux différents seuils de VP100. La ligne verte correspond au seuil de 5 VP100 et la ligne rouge correspond au seuil de 15 VP100. Une colonie parvenant à maintenir une charge en dessous de 5 VP100 pendant toute la durée de l’évaluation peut être considérée comme résistante, à l’inverse, une colonie dépassant le seuil de 15 VP100 est considérée comme trop sensible, retirée du dispositif et traitée contre varroa.

Figure 1 : Evolution de la charge en varroa phorétique au cours de l’année

ImportantRésultats
  • Sur les 19 colonies évaluées en 2025, seules 4 colonies sont parvenues au bout du dispositif expérimental : C24 (en rouge), X3 (en bleu), X8 (en mauve) et X15 (en vert).

  • Parmi ces 4 colonies seules X3 et C24 ont pu faire l’objet d’une dernière mesure en septembre, X8 et X15 présentant une population trop faible pour être prélevée.

  • Au regard de l’évolution des VP100, les colonies C24 et X15 présentent des performances encourageantes en matière de résistance à varroa.

L’évolution mensuelle des forces des colonies ou ColEval du couvain fermé, est présentée ci-dessous pour chaque colonie suivie. De même que pour la représentation graphique précédente les courbes en gris correspondent aux colonies n’ayant pas pu être suivies jusqu’au terme du dispositif expérimental et les courbes colorées correspondent aux 4 colonies restantes.

Figure 2 : Evolution du ColEval au cours de l’année

ImportantRésultats
  • C24 (en rouge) et X3 (en bleu) présentent les meilleures dynamiques de population.

  • X8 (en mauve) présente une population stable, mais petite a priori incompatible avec une conduite technico-économique.

  • X15 (en vert) montre un effondrement de sa population au second semestre 2025 alors que toutes les autres colonies semblent repartir.

Les années précédentes, le score sanitaire des colonies était calculé sur la base d’une note (\(4 = colonie saine\)) à laquelle était retirée des points en fonction de la nature des signes cliniques observés.

En 2025 le calcul du score sanitaire a changé pour mieux prendre en compte l’intensité des signes cliniques. Le nouveau score sanitaire combine deux paramètres :

  • Le type de signe clinique adjoint d’un coefficient proportionnel à sa gravité,

  • L’intensité du signe clinique selon 3 niveaux d’expression : faible (x1), moyen (x2), fort (x3).

Il en résulte une formule où plus le score sanitaire est élevé, plus l’état de la colonie est dégradé.

Table II : Signes cliniques et coefficients de gravité
SIGNE CLINIQUE COEFFICIENT DE GRAVITE INTENSITE FAIBLE (X1) INTENSITE MOYENNE (X2) INTENSITE FORTE (X3)
COUVAIN
Couvain chauve 1 1 2 3
Couvain mycosé 1 1 2 3
Couvain mosaïque 2 2 4 6
Opercules troués 2 2 4 6
Larves affaissées 3 3 6 9
Larves brunâtres 5 5 10 15
Ecailles loqueuses 5 5 10 15
ABEILLES ADULTES
Abeilles noires 1 1 2 3
Tapis d’abeilles 2 2 4 6
Abeilles tremblantes 2 2 4 6
Diarrhée 2 2 4 6
Ailes déformées 3 3 6 9

L’évolution mensuelle des scores sanitaires est présentée ci-dessous pour chaque colonies suivies :

Figure 3 : Evolution du Score sanitaire au cours de l’année

ImportantRésultats
  • C24 (en rouge) et X3 (en bleu) présentent les meilleurs scores sanitaires. Malgré une forte charge en varroa à la fin de l’évaluation, l’état de santé de X3 ne semble en être particulièrement affectée.

  • X8 (en mauve) montre des scores sanitaires très variables et plutôt élevés en fin d’évaluation.

  • X15 (en vert) ne semble pas se démarquer particulièrement sur ce critère d’évaluation.

Sur les 19 colonies initialement présentes dans le rucher, 4 ont mené l’évaluation à son terme. Ces colonies sont issues de la même origine génétique :

  • X3, X8, X15 : descendantes (F1 ou F2) de C24

  • C24 : reine inséminée en 2023, testée en 2024 et présentant des performances intéressantes en matière de résistance à varroa.

Au regard des performances observées, deux colonies ont été retenues pour être conservées et multipliées : X3 et C24.

La colonie X3, malgré une charge en Varroa élevée en fin d’évaluation, se distingue par une forte dynamique de population et un score sanitaire faible, traduisant un bon état de santé général. Elle présente un intérêt particulier et fera l’objet d’une évaluation approfondie via sa descendance, notamment à travers des croisements avec C24 afin de combiner les performances des deux candidates.

La colonie C24 confirme, quant à elle, ses bonnes performances sur l’ensemble des critères, observées de manière répétée d’une année sur l’autre. Elle est également la seule colonie survivante à avoir produit du miel en hausse. Sa génétique a donc été activement conservée et multipliée par la production de reines, la collecte de semences de mâles et la réalisation de croisements par insémination artificielle.

Enfin, bien que la majorité des colonies évaluées en 2025 soient issues de la descendance de C24, seule X3 a présenté des performances suffisantes pour être sélectionnée en complément. Ce résultat illustre la complexité de la transmission des caractères de résistance et souligne l’importance de conserver et multiplier chaque année les génétiques les plus prometteuses.

Pour la campagne 2026, le rucher expérimental aura pour objectif d’accueillir plusieurs cohortes de colonies, afin de comparer leurs potentiels respectifs de résistance à varroa. À cette fin, trois groupes distincts de colonies sont envisagés :

  • des colonies issues de reines descendantes de la lignée C24 ;

  • des colonies issues de reines dites « survivantes », provenant de ruchers d’apiculteurs ;

  • des colonies issues de reines témoins, non sélectionnées pour la résistance au varroa.

Si les conditions sont réunies, ces différentes cohortes pourront faire l’objet de mesures complémentaires comme l’évaluation de deux caractères de résistances : Le MNR (Mite Non Reproduction) et le VSH (Varroa Sensitive Hygene).


Evaluation des lignées génétiques (miellée de baie-rose 2025)

Les données de performances présentées ci-dessous concernent des colonies testées chez les apiculteurs professionnels partenaires du plan de sélection et qui remplissent plusieurs critères :

  • Les lignées présentées doivent présenter une généalogie connue (lignée maternelle et/ou paternelle connue)

  • Les colonies doivent parvenir au stade de production avant la première prise de donnée en début de miellée de baie-rose.

  • Les lignées génétiques testées doivent être représentées par au moins 5 colonies au début de la campagne de testage*.

* Compte-tenu du démarrage compliqué de la campagne de testage, certaines lignées ne présente pas les effectifs attendus. Cependant, elles ont quand même fait l’objet d’une évaluation de leur potentiel pour l’année suivante

Table III : Bilan des effectifs testés chez les professionnels en 2025
LIGNEE EFFECTIFS
C24 26
RG 23
EF98 29
IA333 37
MF41 19
B54 29
JES24 3
MF42 5
IA312 1
IA38 1
YR 1

Pour l’ensemble des critères d’évaluation, les analyses statistiques ont été effectuées à l’aide de modèles non paramétriques de Scheirer–Ray–Hare suivi de tests non paramétriques de Kruskal-Wallis pour les variables signifiquatives, suivis de comparaisons post-hoc par paires selon la méthode de Dunn avec un ajustement de Bonferroni.

Le score sanitaire a été calculé comme présenté dans la partie Rucher expérimental ci-dessus.

Les analyses statistiques montrent que les variables «Rucher» et «Lignée génétique» ont une influence significative sur la variabilité des scores sanitaires des colonies. Pour mémoire, la variable « Rucher » combine les pratiques apicoles et les conditions environnementales.

NoteRésultat du modèle statistique - Scheirer-Ray-Hare
Résultats du test de Scheirer–Ray–Hare
Df Sum Sq H p.value
lignee 8 48079.63 13.4215 0.0981
Apiculteur_anonyme 6 52914.73 14.7713 0.0221
lignee:Apiculteur_anonyme 4 18540.88 5.1757 0.2697
Residuals 195 591844.61 NA NA

Interpretation du modèle statistique

Interpretation du modèle statistique

  • Effet de la lignée

H = 17.27, p.value = 0.027

Cette p.value est inférieur à 0.05, donc l’effet de la lignée est significatif.

Il existe une différence statistiquement significative entre au moins deux lignées.

  • Effet du Rucher

H = 14.47, p.value = 0.0249

Cette p.value est aussi inférieure 0.05, donc l’effet de l’apiculteur est significatif.

Les résultats diffèrent significativement selon les ruchers.

  • Interaction lignée × apiculteur

H = 5.80, p.value = 0.2146

Cette p-value est supérieure 0.05, donc l’interaction n’est pas significative.

L’effet de la lignée ne dépend pas du rucher (pas de modification mutuelle des effets).

Comparaisons entre lignées génétiques

Ci-dessous, la figure présente la distribution des scores sanitaires pour chaque lignée, représentée par des zones colorées. Les points, dont la couleur correspond à celle de la lignée, indiquent les scores sanitaires individuels des colonies, mesurés avant et après la miellée de baie-rose (soit deux points par colonie). Le nombre de mesures pour chaque lignée est indiqué au-dessus de chaque distribution. Les points rouges, accompagnés de leurs barres d’erreur, représentent les moyennes des scores sanitaires par lignée. Les différences significatives entre lignées sont matérialisées par des accolades surmontées d’une étoile (*).

Figure 4 : Comparaison des scores sanitaires par lignée

ImportantInterprétation
  • La lignée C24 est significativement plus saine que les lignées B54 et MF41

  • La lignée EF98 est significativement plus saine que les lignées B54 et MF41

  • Pour les autres lignées ne présentant pas d’accolade entre elles, aucune différence significative n’a été mise en évidence.

Comparaisons entre rucher

Ci-dessous, la figure présente la distribution des scores sanitaires au sein de chaque rucher, représentée par des zones colorées. Chaque point correspond à une colonie, sa couleur indiquant le rucher auquel elle appartient. Deux points sont associés à chaque colonie, correspondant aux mesures réalisées avant et après la miellée de baie-rose. Cette représentation permet de visualiser la variabilité intra- et inter-rucher des scores sanitaires ainsi que les tendances entre lignée au sein d’un même rucher.

Figure 5 : Distribution des scores sanitaires par rucher et par lignées

ImportantInterprétation

La figure 3 illustre bien l’influence des deux variables «Rucher» et «Lignée génétique» sur le score sanitaire. Elle montre qu’il est finalement difficile de distinguer les lignées entre elles sans tenir compte du rucher auquel elles appartiennent.


Calcul de la production de miel et analyses statistiques

Afin d’estimer la quantité de miel produite par colonie, la masse brute de chaque hausse pleine a été mesurée et retranchée de la masse moyenne d’une hausse vide.

Les analyses statistiques montrent que seule la variable «Rucher» a une influence significative sur la production de miel mais pas la variable «Lignée génétique».

Le test de corrélation de Spearman entre la production de miel et le ColEval indique qu’une relation positive et significative existe entre ces deux variable - suggérant que les colonies avec plus de couvain tendent à produire davantage de miel.

NoteRésultat du modèle statistique et de la corrélation
  • Modèle de Scheirer-Ray-Hare :
Résultats du test de Scheirer–Ray–Hare
Df Sum Sq H p.value
lignee 8 11150.7091 12.8821 0.1160
rucher 6 25861.9206 29.8776 0.0000
lignee:rucher 3 647.9515 0.7486 0.8617
Residuals 86 41355.6937 NA NA
  • Corrélation de Spearman (production de miel - ColEval) :

    Spearman's rank correlation rho

data:  as.numeric(sub_miel$miel_tot) and as.numeric(sub_miel$couv)
S = 107267, p-value = 5.911e-06
alternative hypothesis: true rho is not equal to 0
sample estimates:
      rho 
0.4277856 

Compte tenu des effectifs testés et de leur distribution en de début de saison, il n’a pas été possible de faire ressortir une ou plusieurs lignées performantes sur Baie-rose. Cependant, il reste quand même possible d’étudier les performances de chaque lignée au sein de chaque rucher afin d’identifier la meilleure lignée pour chaque apiculteur, voire les meilleures colonies.

Comparaisons entre ruchers

Ci-dessous, la figure présente la distribution de la production de miel pour chaque rucher, représentée par des zones colorées. Les points, dont la couleur correspond à celle du rucher, indiquent les productions des colonies, mesurées après la miellée de baie-rose. Le nombre de colonies testées pour chaque lignée est indiqué au-dessus de chaque distribution. Les points rouges, accompagnés de leurs barres d’erreur, représentent les moyennes des productions de miel par rucher. Les différences significatives entre ruchers sont matérialisées par des accolades surmontées d’une étoile (*).

L’objectif de cette figure n’est pas de comparer les performances des apiculteurs entre eux mais plutôt de faire ressortir l’effet significatif des conditions environnementales sur la production indépendamment des lignées testées.

Figure 6 : Comparaison des productions de miel par rucher

ImportantInterprétation

Ici les comparaisons de productions se font par rucher et toutes lignées confondues.

  • Le rucher de l’Apiculteur 1 a significativement moins produit que le rucher de l’Apiculteur 3, l’Apiculteur 4 et l’Apiculteur 6

  • Le rucher de l’Apiculteur 6 a significativement plus produit que le rucher de l’Apiculteur 5

  • Les autres comparaisons entre ruchers n’ont pas montré de différence significative.

Ci-dessous, la figure présente la distribution des productions de miel au sein de chaque rucher, représentée par les différentes couleurs. Chaque point correspond à une colonie, sa couleur indiquant le rucher auquel elle appartient, et sa position sur l’axe des abscisses indiquant sa lignée génétique. Cette représentation permet de visualiser la variabilité intra- et inter-rucher.

Figure 7 : Distribution des productions de miel par rucher et par lignée

ImportantInterprétation

Ce graphique révèle à quelle point l’effet du rucher (ou de l’environnement) a une incidence sur la production des colonies. Le fait que la majorité des lignées ne soient pas réparties sur au moins trois ruchers limite la possibilité d’évaluer l’influence de la composante génétique sur la production de miel. Cependant, la comparaison des lignées au sein d’un même rucher reste possible. Par exemple, à l’échelle du rucher de l’Apiculteur 6, la lignée MF42 s’est révélée plus productive que les autres lignées.


Calcul du taux d’accroissement de Varroa et analyses statistiques

Les dates, les périodes, les molécules et les durées entre deux visites étant très différentes d’un apiculteur à l’autre, la présentation des charges en varroas phorétiques pour 100 abeilles (VP100) ne permet pas de mettre en évidence la réalité sanitaire des colonies. Ainsi, un taux d’accroissement journalier de la charge en VP a été estimé en réalisant le calcul suivant:

Taux d’accroissement = (ln(VP100 fin baie-rose +1) - ln(VP100 début baie-rose +1) / durée en jours entre les visites

Bien que le taux d’accroissement permette une estimation plus précise que le simple indicateur VP100, son utilisation repose sur plusieurs hypothèses :

  • le taux d’accroissement de Varroa est considéré comme exponentiel sur la durée de la miellée

  • l’évolution de la population parasitaire est supposée identique, quelle que soit la charge initiale

  • les types de traitements appliqués n’ont pas d’effet sur la croissance de la population parasitaire.

Les analyses statistiques indiquent que seule la variable «Rucher» exerce une influence significative sur le taux d’accroissement de Varroa, tandis que la variable la «Lignée génétique» n’a pas d’effet notable. Les pratiques d’application des traitements acaricides étant trop diverses, elles influencent fortement l’évolution des populations de Varroa.

NoteRésultat du modèle statistique - Scheirer-Ray-Hare
Résultats du test de Scheirer–Ray–Hare
Df Sum Sq H p.value
lignee 8 12610.4461 14.9877 0.0594
rucher 6 30563.8330 36.3257 0.0000
lignee:rucher 3 182.6378 0.2171 0.9748
Residuals 82 42755.2532 NA NA

Comparaisons entre lignées génétiques

Ci-dessous, la figure présente la distribution des taux d’accroissement de Varroa pour chaque lignée, représentée par des zones colorées. Les points, dont la couleur correspond à celle de la lignée, indiquent les taux d’accroissement de Varroa par colonie. Le nombre de colonies testées pour chaque lignée est indiqué au-dessus de chaque distribution. Les points rouges, accompagnés de leurs barres d’erreur, représentent les moyennes des taux d’accroissement de Varroa par lignée. Ici il n’y a pas de différence significative entre lignée.

Figure 8 : Comparaison des taux d’accroissement de varroas par lignée

ImportantInterprétation
  • À l’instar des résultats issus du modèle statistique de Scheirer-Ray-Hare, aucune tendance nette ne se dégage des résultats graphiques comparant le taux d’accroissement de Varroa par lignée. Dans ces conditions il n’y a pas d’intérêt à pratiquer un test de Dunn pour comparer les lignées deux à deux.

  • Bien que certaines lignées, telles que MF42, JES24 ou IA38, présentent des taux d’accroissement apparemment élevés, leurs faibles effectifs ne permettent pas de conclure sur leur réelle capacité à gérer leur charge parasitaire.

  • Des taux d’accroissement négatifs ont aussi été observés à l’échelle de la colonie sur plusieurs lignées. Ce résultat, bien qu’ intéressant, mériterait d’être confirmé sur une période d’observation plus longue avant de conclure à une éventuelle résistance. En effet, une diminution apparente de la charge parasitaire entre les deux mesures pourrait tout autant résulter de la dynamique de la colonie (évolution de la quantité de couvain ou de la population d’abeilles adultes) générant un effet de dilution du VP100, que d’un véritable mécanisme de résistance.

Comparaisons entre ruchers

Ci-dessous, la figure présente la distribution des taux d’accroissement de Varroa pour chaque rucher, représentée par des zones colorées. Chaque point correspond à une colonie, sa couleur indiquant le rucher auquel elle appartient, et sa position sur l’axe des abscisses indiquant sa lignée génétique. Cette représentation permet de visualiser la variabilité intra- et inter-rucher.

Figure 9 : Distribution des taux d’accroissement de varroa par rucher et par lignée

ImportantInterprétation

Cette visualisation permet de constater que le taux d’accroissement de la population parasitaire dans les colonies dépend principalement du rucher et non de l’appartenance à une lignée génétique en particulier. Cela peut être dû à l’effet environnement qui reste difficile à déterminer. En revanche, il est plus juste de déduire que l’évolution de la population de varroas phorétiques dépend des modalités d’application et du succès des différents traitements acaricides effectués. Bien que pour le modèle statistique utilisé, l’hypothèse que la charge initiale en Varroa phorétique n’influence pas le calcul du taux d’accroissement. En réalité, plus la charge initiale est élevée, plus le taux d’accroissement sera important, ce qui est intimement lié avec le succès d’application du traitement acaricide.

Par conséquent, évaluer de manière fiable l’expression de la résistance au parasite, nécessite le suivi de colonies non traitées sur une période plus longue, après un protocole de traitement homogène. Cependant, cette approche n’est pas forcément compatible avec une conduite apicole dans un objectif de production.


Calcul de la force des colonies et analyses statistiques

Pour rendre compte de la force des colonies, c’est-à-dire de la capacité des colonies à produire de la population, la surface de couvain fermé total mesuré a été ramené sur le nombre d’intercadres abeillés observé. Ainsi la force de la colonie se mesure en surface de couvain fermé par intercadre abeillé.

Les analyses statistiques indiquent que seule la variable «Rucher» exerce une influence significative sur la force des colonies, tandis que la variable «Lignée génétique» n’a pas d’effet notable.

NoteRésultat du modèle statistique - Scheirer–Ray–Hare
Résultats du test de Scheirer–Ray–Hare
Df Sum Sq H p.value
lignee 8 26830.86 6.9986 0.5368
rucher 6 73041.77 19.0522 0.0041
lignee:rucher 4 27897.15 7.2767 0.1220
Residuals 195 510975.45 NA NA

Comparaisons entre ruchers

Ci-dessous, les figures présentent la distribution des forces des colonies pour chaque rucher, représentée par des zones colorées, avant la miellée (figure 8) et après la miellée (figure 9). Chaque point correspond à une colonie, sa couleur indiquant le rucher auquel elle appartient, et sa position sur l’axe des abscisses indiquant sa lignée génétique. Ces représentations permettent de visualiser la variabilité intra- et inter-rucher ainsi qu’avant et après la miellée.

Figure 10 : Distribution des forces de colonies par rucher et par lignée - Avant la miellée de baie-rose

Figure 11 : Distribution des forces de colonies par rucher et par lignée - Après la miellée de baie-rose

ImportantInterprétation

Sur ces représentations graphiques, les forces des colonies sont regroupées selon leur appartenance à un rucher plutôt qu’à une lignée génétique. Avant la miellée, les données sont dispersées alors qu’au moment de la récolte les groupes se distinguent nettement mieux. En considérant que toutes les colonies d’un même rucher soient préparées de la même manière, ce sont plutôt les conditions environnementales et la disponibilité en ressources qui détermine la force des colonies, du moins qui l’homogénéisent. Partant de ce constat, une analyse des lignées par rucher semble plus intéressante qu’une analyse des lignées globale dans ce contexte.

  • Les résultats obtenus au cours de la miellée de baie-rose 2025, ainsi que les résultats des années précédentes, mettent en évidence les limites du fonctionnement actuel qui ne permet pas d’appliquer le protocole de testage validé collectivement (défaut de répartition des lignées, effectifs insuffisants). Dans ces conditions, il n’est pas possible de discriminer les lignées et encore moins d’établir des tests statistiques permettant d’objectiver les analyses.

  • Dans ce contexte, l’analyse des données à l’échelle du rucher apparaît plus pertinente, car elle intègre voire efface complètement l’influence des pratiques et de l’environnement local sur les performances des colonies. Cependant, ce type d’analyse ne sera valable qu’à l’échelle de l’exploitation et ne pourra pas être extrapolée chez un autre apiculteur - en d’autres termes les performances des lignées génétiques ne seront valables que pour un environnement donné.

  • L’évaluation de la résistance à Varroa destructor nécessite quant à elle un suivi sur une période plus longue (au moins 5 mois) avec des pratiques plus homogènes, afin de pouvoir réellement différencier les lignées présentant des mécanismes de résistance de celles affectées par des facteurs environnementaux.

  • Les tests d’hygiénisme demeurent relativement chronophages pour des résultats trop aléatoires et sensibles aux conditions d’observation. De plus, les données collectées n’ont pas permis de mettre en évidence une relation avec le taux d’accroissement en Varroa.

  • Pour la miellée de letchi, l’analyse sera conduite à l’échelle de chaque rucher plutôt qu’à un niveau global, afin de mieux tenir compte de la diversité des contextes apicoles et de renforcer la robustesse des comparaisons entre lignée. Cette approche devrait permettre d’affiner les évaluations et d’orienter plus efficacement la sélection vers des génétiques intéressantes pour chacun.


Sélection à l’echelle de l’exploitation (miellée de letchi 2025)

Cette partie présente un exemple de résultats de l’évaluation des colonies réalisée sur le rucher de sélection d’un apiculteur durant la miellée de letchi 2025. L’évaluation se fait toujours par lignée, mais à l’échelle de l’exploitation. Un rapport personnalisé est envoyé à chaque apiculteur testeur en fonction de ses besoins et des lignées qu’il évalue.

Le rucher de sélection a démarrer le testage sur la miellée de letchi avec 24 colonies réparties en 4 lignées distinctes :

  • IA333 = 9 colonies

  • JES24 = 2 colonies

  • MF41 = 9 colonies

  • MF42 = 4 colonies

Figure 12 : Répartition des colonies

A la fin de la miellée, 14 colonies ont terminé le testage soit :

  • IA333 = 5 colonies

  • MF41 = 6 colonies

  • MF42 = 3 colonies

Résultats

Pour l’ensemble des critères d’évaluation, les analyses statistiques ont été effectuées à l’aide de tests non paramétriques de Kruskal-Wallis, suivis de comparaisons post-hoc par paires selon la méthode de Dunn avec un ajustement de Bonferroni.

Analyses statistiques

Les analyses statistiques ont été réalisées en compilant les scores sanitaires des colonies ayant effectué le suivi complet, soit deux mesures par colonie.

NoteRésultats du test statistique de Kruskall-Wallis
Kruskall-Wallis
.y. n statistic df p method
score_patho 28 11.36463 2 0.00341 Kruskal-Wallis

Interpretation du modèle statistique

  • Effet de la lignée génétique

p.value = 0,00477

Cette p.value est inférieur à 0,05, donc l’effet de la lignée génétique est significatif.

Il existe une différence statistiquement significative entre au moins deux lignées.

Comparaisons entre lignées génétiques

A noter que plus le score sanitaire est élevé moins la colonie est considérée comme saine

Ci-dessous, la figure présente la distribution des scores sanitaires pour chaque lignée, représentée par des zones colorées. Les points, dont la couleur correspond à celle de la lignée, indiquent les scores sanitaires individuels des colonies, mesurés avant et après la miellée de letchi (soit deux points par colonie). Le nombre de mesures pour chaque lignée est indiqué au-dessus de chaque distribution. Les points rouges, accompagnés de leurs barres d’erreur, représentent les moyennes des scores sanitaires par lignée. Les différences significatives entre lignées sont matérialisées par des accolades surmontées d’une étoile (*).

Figure 13 : Comparaison des scores sanitaires par lignée

ImportantInterprétation
  • La lignée IA333 est significativement plus saine que la lignée MF42. Le scores sanitaires des colonies est inférieur à 5 traduisant un très bon état sanitaire.

  • La lignée MF41 est significativement plus saine que la lignée MF42. Le scores sanitaires des colonies est assez homogène et inférieur à 5, ce qui traduit un très bon état sanitaire.

  • Il n’y a pas de différence significative entre les lignées IA333 et MF41.

  • La moitié des scores sanitaires mesurés sur la MF42 est supérieur à 10 traduisant un état sanitaire peu satisfaisant au regard des critères de selection.

Analyses statistiques

Les analyses statistiques ont été effectuées sur l’ensemble des pesées de hausses, y compris celles provenant de colonies ayant reméré lors du relevé effectué après la miellée de letchi. En effet, il est considéré que les abeilles ayant contribué au remplissage de la hausse proviennent majoritairement de la génétique de la reine d’origine.

NoteRésultats du test statistique de Kruskall-Wallis
Kruskall-Wallis
.y. n statistic df p method
miel_tot 16 5.5557 2 0.0622 Kruskal-Wallis

Interpretation du modèle statistique

  • Effet de la lignée génétique

p.value = 0.0622

Cette p.value est supérieure à 0.05, donc l’effet de la lignée génétique n’est pas significatif.

Cependant, cette valeur étant proche du seuil de significativité, une interprétation graphique des tendances reste pertinente afin d’explorer d’éventuelles différences entre lignées.

Comparaisons entre lignées génétiques

Ci-dessous, la figure présente la distribution des productions de miel pour chaque lignée, représentée par des zones colorées. Les points, dont la couleur correspond à celle de la lignée, indiquent les productions individuels des colonies. Le nombre de mesures pour chaque lignée est indiqué au-dessus de chaque distribution. Les points rouges, accompagnés de leurs barres d’erreur, représentent les productions moyennes par lignée.

Figure 14 : Comparaison des productions de miel par lignée

ImportantInterprétation

Sur le rucher

  • La production moyenne du rucher de testage était de 13,96kg par colonie

  • La MF41#12, de la lignée MF41, est la colonie ayant produit le plus de miel sur le rucher avec un production de 31,2kg. Elle présente également la production la plus élevée au sein de sa lignée, sur tous les ruchers où elle est présente.

  • La lignée MF41 semble avoir produit plus de miel que les deux autres lignées IA333 et MF42

  • La lignée IA333 semble avoir produit plus de miel que la MF42

Au global

. IA333 MF41 MF42
Production moyenne 11.42 19.66 5.7
Meilleure performance globale 24.20 31.20 13.6
Meilleure performance rucher 24.20 31.20 13.6
Analyses statistiques
NoteRésultats du test statistique de Kruskall-Wallis
Kruskall-Wallis
.y. n statistic df p method
pente_ln 19 2.84444 2 0.241 Kruskal-Wallis

Interpretation du modèle statistique

  • Effet de la lignée génétique

p.value = 0,683

Cette p.value est supérieure à 0,05, donc l’effet de la lignée génétique n’est pas significatif.

Cependant, cette valeur étant proche du seuil de significativité, une interprétation graphique des tendances reste pertinente afin d’explorer d’éventuelles différences entre lignées.

Comparaisons entre lignées génétiques

Ci-dessous, la figure présente la distribution des charges en varroas phorétiques pour chaque lignée, représentée par des zones colorées. Les points, dont la couleur correspond à celle de la lignée, indiquent les productions individuels des colonies. Le nombre de mesures pour chaque lignée est indiqué au-dessus de chaque distribution. Les points rouges, accompagnés de leurs barres d’erreur, représentent les productions moyennes par lignée.

Figure 15 : Comparaison des charges en varroas phorétiques (VP100) par lignée

ImportantInterprétation

Les charges en varroas phorétiques sont relativement hétérogènes dans les colonies du rucher. Bien que les différences ne sont pas significatives entre les lignées, la MF42 possèdent, en moyenne, la charge la plus élevée. Au regard des scores sanitaires et des performances de production des colonies de la lignée MF42, il est probable que cette lignée soit sensible aux infestations de varroa.

Pour rendre compte de la force des colonies, c’est-à-dire de la capacité des colonies à produire de la population, la surface de couvain fermé total mesuré a été ramené sur le nombre d’intercadres abeillés observé. Ainsi la force de la colonie se mesure en surface de couvain fermé par intercadre abeillé.

Analyses statistiques
NoteRésultats du test statistique de Kruskall-Wallis
Kruskall-Wallis
.y. n statistic df p method
force_col 28 5.27685 2 0.0715 Kruskal-Wallis

Interpretation du modèle statistique

  • Effet de la lignée génétique

p.value = 0,0715

Cette p.value est supérieure à 0,05, donc l’effet de la lignée génétique n’est pas significatif.

Cependant, cette valeur étant proche du seuil de significativité, une interprétation graphique des tendances reste pertinente afin d’explorer d’éventuelles différences entre lignées.

Comparaisons entre lignées génétiques

Ci-dessous, la figure présente la distribution des forces de colonie pour chaque lignée, représentée par des zones colorées. Les points, dont la couleur correspond à celle de la lignée, indiquent les productions individuels des colonies. Le nombre de mesures pour chaque lignée est indiqué au-dessus de chaque distribution. Les points rouges, accompagnés de leurs barres d’erreur, représentent les forces moyennes par lignée.

Figure 16 : Distribution des forces de colonies par lignée - à la récolte de la miellée de letchi

ImportantInterprétation
  • La lignée MF41 semble présenter une force de colonie plus importante que les lignées IA333 et MF42. De plus, les colonies de cette lignée apparaissent plus homogènes, contrairement à celles des autres lignées, dont les performances montrent une plus grande variabilité.

  • La lignée MF42 apparait comme la lignée génétique avec une dynamique de population plus faible après miellée.

Conclusion

L’analyse des performances des trois lignées met en évidence des différences marquées tant sur le plan sanitaire que productif.

  • La lignée MF41 se distingue nettement par ses résultats homogènes et équilibrés : toutes les colonies présentent un score sanitaire faible (≤ 5), associé à la moyenne de production de miel la plus élevée, ainsi qu’à la moyenne de force de colonie importante et régulière. Elle inclut par ailleurs la colonie MF41#12, qui enregistre la meilleure production du rucher. De plus, la moyenne de VP100 la plus faible suggère une bonne maîtrise de la pression parasitaire. Ces éléments positionnent la lignée MF41 comme la plus performante et la plus stable dans les conditions de l’essai.

  • La lignée MF42 présente les résultats les moins favorables. Les colonies montrent un score sanitaire élevé, accompagné de nombreux signes cliniques, d’un VP100 plus importante et d’une force plus faible, ce qui se traduit par une production de miel réduite. L’ensemble de ces indicateurs souligne une moins bonne adaptation sanitaire et productive de cette lignée.

  • La lignée IA333 occupe une position intermédiaire, marquée par une hétérogénéité plus importante entre colonies. Certaines, comme IA333#37, affichent de bonnes performances de production, bien qu’un remérage ait été observé sur cette colonie.

En conclusion, ces résultats confirment la supériorité de la lignée MF41 sur les plans sanitaire, productif et de régularité. La lignée IA333 possède aussi un bon potentiel malgré une certaine hétérogénéité.

Bilan de la campagne 2025 et perspectives

La campagne 2025 du plan de sélection génétique apicole du GDS Réunion s’est déroulée dans un contexte particulièrement contraint, marqué par le passage du cyclone Garance qui a entraîné la destruction de plusieurs ruchers de testage et la perte d’une partie des colonies initialement prévues dans le protocole. Malgré ces difficultés, le dispositif a pu être maintenu grâce à l’implication des apiculteurs partenaires et à la réorganisation rapide du plan de testage. Au total, 174 colonies appartenant à 11 lignées génétiques différentes ont été évaluées chez 7 apiculteur testeurs, tandis que 19 colonies ont été suivies sur le rucher expérimental selon l’approche de la « boîte noire darwinienne », visant à favoriser l’expression de mécanismes naturels de résistance au Varroa destructor.

Les résultats obtenus sur le rucher expérimental montrent la complexité de la sélection pour la résistance à Varroa, en effet, la transmission génétique reste difficile à stabiliser d’une génération à l’autre. Cependant les quatre colonies qui ont mené l’évaluation jusqu’à son terme sont toutes issues de la lignée C24, identifiée lors des campagnes précédentes comme particulièrement prometteuse. Ces résultats soulignent l’intérêt de conserver et de diffuser les génétiques les plus performantes, tout en poursuivant les croisements et les évaluations.

L’analyse des performances par lignée dans les ruchers de testage met cependant en évidence plusieurs limites dans l’organisation actuelle du dispositif. Les effectifs disponibles, la répartition des lignées et l’hétérogénéité des contextes apicoles n’ont pas permis d’appliquer pleinement le protocole défini collectivement, ni de réaliser des analyses statistiques robustes permettant de comparer objectivement les lignées. Dans ce contexte, l’analyse à l’échelle du cheptel apparaît plus pertinente pour interpréter les résultats. Bien que cette approche limite la portée des conclusions à un environnement donné et ne permette pas d’extrapoler directement les performances génétiques d’une lignée à l’ensemble du territoire, elle permet de sélectionner des génétiques adaptées aux différentes pratiques.

Ces observations confirment également que l’évaluation de la résistance à Varroa nécessite des suivis prolongés et des conditions expérimentales plus homogènes, notamment sur une durée minimale de plusieurs mois. Par ailleurs, certains outils d’évaluation comme les tests d’hygiénisme se sont révélés particulièrement chronophages et peu discriminants dans les conditions de terrain rencontrées cette année.

Dans cette perspective, les orientations pour les prochaines campagnes viseront à :

  • Poursuivre l’exploration des mécanismes de résistance, notamment à travers l’évaluation de caractères spécifiques et la comparaison de différentes populations sur le rucher expérimental.

  • Sélectionner des lignées productives à l’échelle de l’exploitation adaptées aux différents contextes apicoles rencontrées chez les apiculteurs testeurs.

Malgré les contraintes rencontrées, la campagne 2025 a ainsi permis de maintenir la dynamique du programme de sélection, de confirmer l’intérêt de certaines lignées et de poursuivre la construction d’une base génétique adaptée aux conditions apicoles de La Réunion. Elle constitue une étape supplémentaire d’un programme de sélection durable visant à renforcer la résilience sanitaire et la performance des colonies d’Apis mellifera unicolor.